Top 5CoursVariation
BOAN3 6557,50%
SDCC2 8307,40%
TTLC1 3457,17%
STAC2456,52%
BOAS1 4006,06%
Flop 5CoursVariation
ABJC810-6,90%
SDSC1 185-4,44%
SOGC1 750-4,37%
STBC490-2,97%
SHEC600-1,64%
Activités du marché
Valeur des transactions702 617 065 FCFA
Actions3 795 982 696 896 FCFA
Capitalisation des obligations5 575 653 402 535 FCFA
BRVM-10117,400,51%
BRVM-C126,340,81%

LES BOURSES PLUS QUE JAMAIS LE BAROMETRE DE L’ECONOMIE MONDIALE FACE AU CORONAVIRUS (COVID-19)

Sur le plan mondial, les Bourses ont une fois encore prouvé qu’elles constituent les meilleurs reflets de l’évolution des économies.

Rappelons que le cours boursier d’une entreprise est la valeur la plus juste qui résulte de l’offre et de la demande et qui traduit le mieux les anticipations des investisseurs sur la santé financière de la société concernée en prenant en compte les données macroéconomiques (croissance du PIB, taux d’inflation, taux de change, etc.) ainsi que celles de l’entreprise elle-même (chiffre d’affaires, bénéfice, dividendes, perspectives financières, etc.).

Les indices boursiers sur lesquels les attentions sont tant focalisées ces derniers jours en pleine pandémie de Coronavirus (COVID-19), constituent la meilleure synthèse de la santé de l’économie d’un pays ; car il est à noter qu’ils sont généralement constitués d’un échantillon d’entreprises qui proviennent de divers secteurs d’activités économiques et qui sont suffisamment représentatives de l’ensemble de l’économie. Ainsi, en regardant le comportement de l’indice, l’on peut en déduire le sens dans lequel l’économie s’oriente.

C’est pour ces différentes raisons que les Bourses, à travers les cours et les indices, sont scrutées à la loupe ces derniers temps car elles donnent les meilleures anticipations sur l’évolution de l’économie mondiale face au COVID-19.    
 

1- IMPACT SUR L’ECONIOMIE MONDIALE

Selon l’OCDE[1], la pandémie du COVID-19 aboutirait à une contraction de grande ampleur de la production chinoise.  Ainsi, la croissance de la Chine passerait en dessous de la barre de 5 % en 2020 contre 6,1% en 2019, avant de se hisser à plus de 6 % en 2021 ; lorsque la production renouera progressivement avec les niveaux attendus avant l’arrivée de l’épidémie.

En raison de la forte intégration de la Chine dans l’activité mondiale, une contraction de son économie impacterait négativement la croissance mondiale, en raison de la rupture directe des chaînes d’approvisionnement du monde à partir de la Chine[2], du fléchissement de la demande finale de biens et de services par la Chine[3], ainsi que du repli des flux touristiques[4]. Selon une étude publiée le 11 février 2020 par l'institut Oxford Economics, les revenus du tourisme mondial devrait baisser d'au moins 22 milliards de dollars, suivant le scénario le plus optimiste en prenant comme hypothèse une baisse de 7 % des voyages effectués à l'étranger par des Chinois. Le manque à gagner pourrait atteindre 49 milliards de dollars (44,6 milliards d'euros) si la crise durait aussi longtemps que celle du SRAS[5] de 2003 et à 73 milliards de dollars (66,5 milliards d'euros) si elle se prolongeait davantage.

Source : OCDE

 

Selon les Nations Unis, la Chine est aujourd'hui la première puissance industrielle mondiale et les fermetures d'usines dans le pays entraînent déjà des problèmes d'approvisionnement pour de nombreuses entreprises à travers le monde.

 

Au niveau mondial, sous l’hypothèse que le pic épidémique serait atteint en Chine au premier trimestre 2020 et que dans les autres pays, elle se révélera plus modérée et circonscrite, la croissance mondiale, selon l’OCDE, ralentirait à 2,4 % en 2020 contre 2,9 % en 2019. Cette évolution laisse apparaitre une situation contrastée à travers les régions.

En effet, les effets de l’épidémie de coronavirus devraient être limités, aux Etats-Unis et au Canada, même si la perte de confiance, les perturbations dans les chaînes d’approvisionnement et le fléchissement de la demande extérieure modéreront les perspectives de croissance. Les taux de croissance devraient passer de 2,3 % en 2019 à         1,9 %, en 2020 pour les USA, et de 1,5 % à 1,3 % pour le Canada.

Dans la zone euro, la croissance devrait avoisiner 1 % par an en moyenne sur 2020-21 contre 1,2 % en 2019. Le recul étant amplifié par les situations de confinement imposées dans certains Etats européens, notamment en Italie. Au Royaume-Uni, le taux de croissance du PIB se fixerait à 0,8 % en 2020 contre 1,3 % en 2019[6].

Dans les économies émergentes, une reprise graduelle, mais modeste, est attendue pour 2020-21, cependant l’ampleur de cette reprise est incertaine, au regard de l’épidémie du Coronavirus (COVID-19). Selon l’OCDE, une réorientation à la hausse supposerait au préalable un impact positif des réformes menées, une politique monétaire d’accompagnement en Inde et au Brésil, des mesures bien ciblées au Mexique et en Turquie pour stimuler une croissance durable, et une reprise progressive de l’activité des pays exportateurs de matières premières exposés au ralentissement probable de l’économie chinoise. Ainsi, au Mexique la croissance devrait se tenir à 0,7 % en 2020 contre 0,7 % en 2019 et en Turquie, la croissance du PIB se fixerait à 2,7% en 2020 contre 0,9 % en 2019.

En Afrique, la dépendance des économies aux exportations de matières premières, notamment vers la Chine, les rendent particulièrement vulnérables à une probable contraction de l’économie chinoise. En effet, depuis plus de deux (2) décennies, les liens commerciaux entre l'Afrique et la Chine ne cesse de croitre. En 1996, la Chine était la première source d'importations pour un seul pays africain : la Gambie. Près de 20 ans plus tard, ce sont désormais 24 pays africains pour qui le géant asiatique représente le premier fournisseur de marchandises au monde. Par ailleurs, selon le ministère chinois de l'Agriculture et des Affaires rurales le volume des échanges de produits agricoles entre la Chine et l'Afrique a été multiplié par dix entre 2000 et 2018. Le volume des échanges commerciaux est passé de 650 millions de dollars en 2000 à 6,92 milliards en 2018, enregistrant une croissance annuelle moyenne de 14 %.

Au niveau de l’UEMOA, l’épidémie du Coronavirus pourrait impacter la croissance de l’Union en liaison avec la baisse des exportations et des importations.

En effet, selon la BCEAO[7], les exportations de biens de l’Union en 2018 ont été destinées à 43,7 % à l'Europe, dont 25 % pour l'Union Européenne et 18,7 % pour les autres pays dudit continent. La Suisse, les Pays-Bas et la France demeurant les principaux clients de l'UEMOA, en accueillant respectivement 17,5 %, 6,5 % et 5,8 % des exportations au cours de la période sous revue. Ainsi, la mise en quarantaine de certaines régions d’Europe devrait entrainer une baisse de la demande émanant de ces zones, d’où éventuellement, un impact négatif sur les exportations des Etats membres de l’UEMOA.

Concernant les importations, les principales sources d'approvisionnement des pays de l'UEMOA sont l'Union Européenne (41,4%), l'Asie (35,7%), l'Afrique (15%) et l'Amérique (6,9%). Les acquisitions de biens en provenance de l'Asie sont composées essentiellement de produits alimentaires, principalement le riz en provenance de la Thaïlande et de l'Inde, de biens d'équipement et intermédiaires, avec des parts relatives de 29,8 %, 30,7 % et 20,7 % respectivement. Les biens intermédiaires en provenance de l'Asie sont livrés notamment par la Chine (66,2%), l'Inde (10,1%) et le Japon (6,8%). Au regard de ces statistiques, la réduction des activités au sein de l’Union européenne et en Chine pourrait priver l’Union de divers biens intermédiaires, avec un potentiel impact négatif sur le secteur industriel.

Par ailleurs, selon l’OCDE, dans un scénario de contagion domino, largement diffusée et difficilement contrôlée, la croissance mondiale reculerait à 1,5 %. Dans ce cas de figure, si la Chine porterait d’abord la majeure partie du ralentissement, celui-ci serait ensuite ressenti en Asie, en Europe ainsi qu’en Amérique du Nord. Les échanges commerciaux seraient également « sensiblement plus faibles », diminuant d’environ 3 % sur l’année et touchant les exportations de toutes les économies. Certaines nations, notamment dans la zone euro, pourraient également entrer en récession.

 

2- REACTION DES MARCHES FINANCIERS

Le ralentissement anticipé de la croissance économique mondiale induit par l’épidémie se reflète déjà dans la performance de l’indice MSCI WORLD INDEX, indice représentant la performance d’actions cotées sur vingt-trois (23) bourses issues d’économies développées. En effet, l’indice a perdu 18% de sa valeur depuis février.

Graphique 1 : Evolution de l’indice MSCI WORLD INDEX

Source : Bloomberg

Toutes les régions du monde semblent être entrainées dans cette correction des marchés. En effet, si les marchés asiatiques ont été les premiers touchés, la position de la Chine en tant que deuxième économie mondiale ainsi que ses relations commerciales tentaculaires ont entrainé une large diffusion du stress sur les marchés.

Le choc a été d’autant plus important que les marchés financiers des pays développés sortaient de plus de dix (10) ans de hausse, portés par les politiques monétaires accommodantes des banques centrales. Ainsi, ces marchés semblaient depuis quelques temps immunisés de la notion même de risque, malgré des multiples boursiers ayant atteint des niveaux très élevés. L’épidémie de COVID-19 a donc entrainé un changement de perception au niveau des investisseurs vis-à-vis de la valorisation des marchés actions qui ont alors semblé survalorisés au vu des risques potentiels engendrés par la pandémie.

Graphique 2 : Evolution des indices sur les principaux marchés développés

 

En outre, depuis le début de la semaine du 9 mars 2020, un nouveau pallier a été franchi.

D’une part, le désaccord évoqué plus haut entre la Russie et les membres de l’OPEP sur une baisse de la production de pétrole, a entrainé une dégringolade des cours du brut de près de 27%. D’autre part, la décision prise le 11 mars dernier par le Président des Etats-Unis, Donal Trump d’interdire pour une durée de trente (30) jours, l’entrée sur le territoire américain aux voyageurs venant d’Europe, a entrainé une nouvelle journée noire sur les bourses du monde entier. Ainsi Wall Street a ouvert en forte chute nécessitant une suspension de 15 minutes. Les bourses européennes ont également souffert, les marchés anticipant l’impact de l’interdiction sur les différents secteurs de l’économie. Le tableau ci-dessous résume les performances des bourses au cours de la séance du 12 mars 2020.

Tableau 1 : Evolution des bourses mondiales lors de la séance du 12 mars 2020

 

L’on constate qu’un nombre important d’indices, notamment européens, ont enregistré des chutes à deux chiffres. Ainsi le CAC 40 a connu sa plus forte chute historique sur une séance avec un plongeon de l’indice de 12,3%. Au cours de cette journée noire, 31 des valeurs composant le CAC 40 ont baissé de plus de 10%. Sans surprise, les valeurs cycliques ont été sanctionnées par les investisseurs. Ainsi le palmarès des plus fortes baisses comprend les valeurs Renault (-21,9%), PSA (-18%) ou encore VINCI (-17 %). Le secteur aérien européen a également fortement baissé avec notamment l’action Norwegian qui s’est effondrée de 24,9 %.

Par ailleurs, des bourses africaines, notamment celles de Johannesburg et de Casablanca affichent déjà quelques impacts négatifs du coronavirus sur leurs évolutions, avec des reculs respectifs de 9,72 % et 6,7 %.

3- EVOLUTION DE LA BOURSE REGIONALE DES VALEURS MOBILIERES (BRVM)

Depuis le début de l’année 2020 jusqu’au 03 mars dernier, les indices BRVM 10 et BRVM Composite ont enregistré des performances négatives, respectivement de -7,85 % et de      -7,6 %.

 

Graphique 3 : Evolution des indices BRVM du 02 janvier au 03 mars 2020

 

Sur la semaine du 09 au 13 mars 2020, les indices du marché Actions ont accusé de légers reculs. Ainsi, l’indice BRVM 10 a baissé de 0,86% tandis que l’indice BRVM Composite cédait 0,96%. Compte tenu du contexte boursier mondial, ces performances se révèlent relativement bonnes.

 

Graphique 4 : Evolution des indices BRVM du 09 au 13 mars 2020

 

Au titre des valeurs cotées, les cinq (5) plus fortes baisses de la semaine du 09 au 13 mars 2020 sont présentées dans le tableau ci-après.

Tableau 2 : Les plus fortes baisses sur la semaine du 9 au 13 mars 2020 (Top 5)

Il apparait que sur les cinq (5) actions ayant le plus baissé, trois (3) sont des filiales de grands groupes internationaux, notamment : Air Liquide CI, Nestlé CI et BICI CI. Les reculs enregistrés pourraient être interprétés comme des conséquences anticipées du ralentissement du commerce international. A Paris, les titres Air Liquide, Nestlé SA et BNP Paribas ont chuté respectivement de 14,56 %, 11,01 % et 17,62 % sur la semaine du 9 au 13 mars 2020.

Concernant la baisse du titre SOGB, cela serait probablement lié au recul des cours de l’huile de palme et du caoutchouc naturel. Ces produits agricoles souffrent de la perspective d’une contraction de la consommation chinoise, qui représente une part importante de la demande mondiale. Par contre, pour le titre SICABLE, la baisse du cours est essentiellement due à la publication de résultats financiers en baisse de 16,4 % en 2019 comparé à l’année précédente.

CONCLUSION

La situation est à suivre au cours des prochains jours, mais d’ores et déjà, les mesures prises par les différentes Autorités publiques (confinement, restriction des voyages, fermeture des établissements scolaires et universitaires, etc.) ont redonné un peu de couleur aux Bourses.

 

Tableau 3 : Performance des bourses mondiales à la séance du 13 mars 2020

 


 

[1] Perspectives économiques de l’OCDE, Rapport intermédiaire, Coronavirus: l’économie mondiale menacée, Mars 2020

[2] En tant que producteur de biens intermédiaires, notamment dans l’informatique, l’électronique, l’industrie pharmaceutique et les équipements de transport,

[3] En tant que premier acheteur mondial de matières premières.

[4] Les touristes chinois représentent environ un dixième de l’ensemble des visiteurs internationaux dans le monde. 

[5] Selon les estimations de l'OMS, l'épidémie de Sras qui a duré 6 mois, aurait coûté quelque 54 milliards de dollars (41 milliards d'euros). Un chiffre qui inclut la chute des revenus touristiques (-80% en Chine), ainsi qu'un manque à gagner de l'ordre de 50% pour les compagnies aériennes, les restaurants, les agences de tourisme et les chauffeurs de taxis

[6] Les prévisions pour le Royaume-Uni et la zone euro sont fondées sur l’hypothèse d’un accord commercial de base pour les échanges de biens prenant effet au début de 2021

[7] Rapport sur le commerce extérieur de l’UEMOA en 2018